Bruxelles, mutation urbaine dans le quartier du Canal

Charles Quint, Empereur du Saint-Empire romain germanique au XVIe, reprît l’idée de Philippe Le Bon de construire un canal reliant Bruxelles au Rupel, un affluent de l’Escaut, permettant ainsi de rejoindre la ville d’Anvers alors en plein essor économique. Après de nombreux reports, les travaux commencèrent en 1550. Le canal fût achevé en 1561.

270 ans plus tard, le canal Bruxelles-charleroi vit le jour, venant compléter le réseau fluvial du nord de l’Europe.

Peu à peu cet axe fluvial devint central dans l’économie régionale, centrée sur les industries de la houille, de l’acier et du verre. De nombreuses entreprises et usines s’implantèrent le long du canal attirant une classe ouvrière importante. Afin d’être au plus près de leur lieu de travail, les ouvriers s’installèrent à proximité du canal formant une nouvelle centralité urbaine dans l’agglomération bruxelloise.

Conséquence de la tertiarisation de l’économie au XXe siècle, le visage de la métropole belge se transforma radicalement, voyant arriver les sièges d’institutions européennes, Commission Européenne et le Conseil de l’Union Européenne, de grands groupes internationaux, de l’OTAN et de nombreux cabinet de Lobbying (développement du quartier de Leopold).

Le quartier du Canal, à l’ouest de la ville, fût l’un des plus fortement touchés par cette évolution. La perte de nombreux emplois industriels entraîna une importante paupérisation de la population résidentielle, stigmate d’un territoire devenu une vaste friche industrielle.

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Avec la naissance de la Région Bruxelles-capitale en 1989, le quartier du canal a retrouvé une place centrale dans l’élaboration des plans d’aménagement devenant une zone prioritaire.

Soutenu par des dynamiques publiques et privées, le territoire du canal a alors entamé sa mutation urbaine. Outre les investissements publiques nécessaires à la réhabilitation de cet espace, une jeune et créatrice génération a décidé d’investir les lieux générant ainsi une économie locale. Il est fréquent de constater l’appropriation des friches industrielles par les jeunes générations de créateurs, artistes, entrepreneurs faisant de cet espace leur terrain de jeu. À la recherche de m2 au loyer accessible et proche d’une centralité offrant un ensemble de services, ils contribuent à redonner vie et âme au quartier.

Plusieurs projets sont sortis de terre. La réaffectation des anciennes manufactures de tabac Ajja a permis de transformer les lieux en une maison solidaire accueillant un restaurant social, une régie locale et des locaux à l’usage de l’initiative communale. La rénovation de l’ancien Dépôt STIB a donné naissance à un centre pour jeunes (culture, sport, échange, soutien).

Les réalisations sont nombreuses et les projets à venir ne manquent pas.

Cependant, la zone à aménager est vaste. Elle représente près de 3000 hectares, incluant le Canal maritime de Bruxelles à l’Escaut (renommé canal Bruxelles-Rupel depuis 1997) et le canal Bruxelles-Charleroi sur un axe de 14 kms de long.

En novembre 2012, l’architecte-urbaniste-paysagiste Alexandre Chemetoff a été désigné pour formaliser le futur schéma directeur de la zone du Canal afin de coordonner les initiatives territoriales et donner une cohérence à cet espace.

“ Une vision urbanistique structurante doit être définie pour améliorer la cohésion territoriale et sociale de ce territoire à travers le développement d’une ambition urbaine sur le long terme, d’une prise de position partagée entre tous les acteurs concernés et d’un outil pour fédérer les actions publiques et privées à court, moyen et long termes.” (source ADT-ATO)

Sans faire table rase des dynamiques existantes, le véritable enjeu réside dans l’articulation et l’intelligence des nouveaux projets à mettre en place.

Ainsi la mobilité a été définie comme un axe central du renouveau du quartier du Canal avec le réaménagement de la Petite Ceinture Ouest. L’espace public devrait y connaître un profond changement. Esplanade, passerelle et piste cyclable amélioreront les mobilités douces tandis que la refonte des arrêts de trams et carrefours apporteront de nouvelles solutions à l’utilisation des transports en commun.

Le site Tour et Taxis, essentiellement réservé aux grandes expositions culturelles depuis sa rénovation, sera inclus dans le nouveau quartier durable, projet ambitieux entrainant la création d’un nouveau quartier à Bruxelles-ville. Espace mixte, il accueillera des entreprises actives dans le développement durable, des logements, commerces, équipements publics et espaces verts. La mobilité y sera essentiellement douce et partagée.

Ensemble de standing, le projet Up-site est une pièce maitresse dans l’attractivité du quartier. La plus haute tour du pays – dans laquelle logement, commerce et services feront bon ménage – y a été programmée.

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Au centre de la réflexion urbaine engagée pour le renouveau du quartier, le canal reste avant tout une infrastructure logistique indispensable à l’acheminement de matières premières et marchandises pour Bruxelles-ville. C’est pourquoi, en amont, une plateforme multimodale sera construite sur l’ancien emplacement de la cokerie Carcoke, garantissant un trafic minimum de 250 000 tonnes par voie d’eau.

Le renouveau du quartier du Canal est un projet ambitieux et complexe. Son influence dépasse le cadre de la région Bruxelles-Capitale et interroge sur l’enclavement de Bruxelles (wallon) en territoire flamand. De nouvelles collaborations pourraient émaner de ce projet et concourir à un rapprochement des deux parties.

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