Destin d’une mono-ville : Toyota city

Avant que Toyota city connaisse un incroyable essor industriel, le territoire était occupé, au début du XXe siècle, par un bourg rural appelé Koromo dont l’activité principale était la production de soie.

En 1922, Sakichi Toyoda, inventeur des métiers à tisser automatiques, y établit l’industrie du textile Toyota. Dans les années qui suivirent, le déclin progressif du secteur de la soie entraîna une métamorphose de l’économie locale.

C’est alors que Kiichiro Toyoda, fils de Sakichi Toyoda, décida de construire une usine automobile et d’y mettre en place les méthodes de production élaborées par son père. L’usine automobile Toyota était créée.

Dans un premier temps, la production fût essentiellement destinée à des fins militaires (camions).

La défaite du Japon, lors de la Seconde Guerre mondiale, a eu pour conséquence de modifier la stratégie de production, Toyota décidant désormais de se tourner vers l’automobile civile. L’efficacité du modèle fera par la suite les beaux jours de la firme.

Au niveau local, le village de Koromo a connu de profonds changements. La démographie s’est fortement accrue, la population étant attirée par le besoin de main d’œuvre des usines. Les importants investissements ont transformé le paysage rural de Koromo en une ville industrielle dynamique.

L’omniprésence de Toyota dans le développement urbain du territoire a amené les autorités locales à rebaptiser, en 1959, la ville Toyota city.

Avec ses 7 usines, le constructeur automobile est aujourd’hui, le principal employeur. Il possède les crèches, les écoles et les hôpitaux. Il contrôle le capital financier accordant les prêts immobiliers à ses employés afin qu’ils puissent acheter une maison sur les terrains de la compagnie créant ainsi un cercle vicieux où finalement l’argent ne quitte jamais les caisses de la société nippone.

Les 400 000 habitants vivent et pensent Toyota dans leur façon de faire, d’apprendre, d’habiter et de consommer.

Malgré cette aliénation de la population par l’entreprise, le modèle a rarement été remis en question.

La crise de 2008 a quelque peu bouleversé la donne. Les vertigineuses pertes du groupe ont nécessité le licenciement de nombreux salariés plongeant Toyota city dans un profond chaos. Un tiers des salariés de Toyota se sont retrouvés au chômage.

Cette crise économique profonde a renversé un modèle de production qui semblait jusque-là infaillible poussant, par la même occasion, la réflexion sur le mode de fonctionnement de Toyota city en tant que mono-ville1.

Même si le constructeur automobile a récupéré sa place de leader mondial en 2012 et obtenu des résultats très encourageants, les 10 millions de véhicules rappelés dans le monde en 2010 ont mis à mal l’image du groupe.

Quelles conséquences une nouvelle crise pourraient avoir sur l’avenir des habitants de Toyota city ?

La ressemblance avec une ancienne métropole américaine pourrait être un premier élément de réponse.

Détroit en 2012 (photo par José Vergara)

Détroit en 2012 (photo par José Vergara)

Détroit, ou Motortown, a connu un revers sans précédent avec la crise de 2008 entraînant la faillite de General Motors et Chryslers. Sans le plan de l’administration Obama de 2009 venu en aide aux géants automobiles américains et aux collectivités locales ruinées, la ville aurait perdu bien plus que la moitié de sa population.

Détroit est devenue une quasi-ville morte en l’espace de très peu de temps caractérisée par des maisons laissées à l’abandon et la détérioration de l’espace et des bâtiments publics.

Toutefois le dynamisme d’une jeune génération créatrice et entreprenante détachée de la production automobile a donné à l’ancienne métropole nord-américaine un nouveau souffle économique.

Des initiatives telles que des fermes urbaines, le développement de start-up axées sur les énergies renouvelables ou encore l’implantation de nombreux artistes laissent entrevoir un avenir meilleur pour Motortown.

Mais qu’en est-il pour Toyota city ? Le modèle de mono-ville est-il toujours viable ?

Certes la ville n’a pas atteint une situation semblable à celle des États-Unis mais souvenons-nous que General Motors était le second constructeur automobile mondial en 2007.

1   ville où une usine ou un combinat occupe 25% de la population active

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