Projet mer Rouge – mer Morte
« Le Canal de la paix »

Point le plus bas du globe (417 m sous le niveau de la mer), son existence à plus de 50 ans semble bel et bien menacée selon les experts internationaux.

La surexploitation du fleuve Jourdain par les activités agricoles, industrielles et urbaines ont appauvri considérablement l’unique source en eau de la mer Morte.

L’industrie touristique et l’extraction de sel de la mer morte seraient responsables en partie de l’évaporation massive, avec pour conséquence une diminution d’un mètre par an du niveau de la mer.

Vient s’ajouter à ce  phénomène préoccupant une situation géopolitique conflictuelle entre Israël et la Palestine où la Jordanie essaie désormais de servir de médiateur. Depuis la signature des accords de Wadi Araba en 1994, la Jordanie est devenue le second pays arabe à signer un traité de paix avec Israël.

Cependant d’autres tendances liées à l’environnement entrent en ligne de compte dans la stabilité géopolitique de cette région. La raréfaction des réserves en eau potable ne facilite pas l’apaisement des tensions entre les différents pays.

Une collaboration politique inter-régionale  semble être une des meilleures solutions pour répondre aux besoins des populations.

C’est ainsi qu’un projet vieux de plusieurs dizaines d’années a été remis au goût du jour : le projet Mer Rouge-Mer Morte ou plus symboliquement appelé «le Canal de la paix».

canal de la paix

Canal de la paix (le dessous des cartes)

À l’initiative de la Banque Mondiale et soutenue par un groupe de donateurs (France, Japon, États-Unis, Pays-Bas et Grèce), une étude de faisabilité a été remise, en 2010, à un comité technique composé de membres de la Banque Mondiale et des représentants des gouvernements israéliens, palestiniens et jordaniens, sur la construction d’un canal reliant la mer Rouge à la mer Morte.

L’objectif premier est de réapprovisionner la mer Morte en eau salée. Ce canal, long de 180 km, traversant le territoire jordanien, permettra l’acheminement en eau salée de la mer Rouge (Aqaba) jusqu’à la mer Morte.

D’autres projets d’envergure vont se greffer sur cet axe. Une usine de désalinisation sera construite pour la distribution d’eau potable, ⅔ à destination de la Jordanie et le ⅓ restant sera partagé entre l’Israël et la Palestine.

Compte tenu de l’inclinaison entre la mer Rouge et la mer Morte, une usine hydraulique sera installée afin de produire 600 mégawatts par an.

Les enjeux ne sont pas uniquement environnemental, sanitaire et politique mais aussi économique et urbanistique.

Ce projet colossal nécessitera une main d’œuvre importante pour la construction et pour le fonctionnement du canal.

Des projets satellites vont naître. Autrefois désertiques, les sols rocailleux seront désormais munis d’un accès à l’eau potable. Plusieurs hommes d’affaires, comme Yitzhak Tshuva un milliardaire israélien, ont déjà pensé à la construction d’oasis touristiques et de parcs d’attraction.

L’urbanisation deviendra possible et des populations seront en mesure de vivre là où seuls des nomades avaient l’habitude de s’arrêter.

Ce projet, estimé entre 2 et 5 milliards de dollars, soulève de nombreuses contestations.

Selon Anne Bringault, directrice des Amis de la Terre France, la construction de l’usine de désalinisation près d’Aqaba endommagera les fonds marins, richesses touristiques de cette région. Plus en aval, l’apport en eau nettement moins salée de la mer Rouge à la mer Morte détruira une biodiversité unique au monde.

Les économies locales, tourisme thermal et exploitation du sel,  disparaîtront inévitablement.

Dans une toute autre mesure, le tracé se situe sur le rift syro-africain où l’activité sismique est importante, pouvant compromettre la stabilité de l’installation.

Il sera difficile, je pense, pour toutes ces ONG, de s’opposer à ce projet tant la symbolique qu’il porte est précieuse.

Au mois de juin dernier, le ministère de l’Eau et de l’Irrigation jordanien devait choisir une société pour entamer la première phase de construction du «canal de la Paix».

À vous