Le canal d’Istanbul : un projet pour le Grand Istanbul

Détroit du bosphore, istanbul

Encerclée par la Bulgarie, la Géorgie, la Roumanie, la Russie, l’Ukraine et la Turquie, la Mer Noire est un territoire hautement stratégique dans l’approvisionnement en hydrocarbures de l’Europe occidentale.

La route maritime rejoignant la mer Méditerranée oblige les tankers et supertankers à emprunter le détroit du Bosphore. Véritable goulot d’étranglement accompagné de courants puissants, la navigation y est périlleuse.

Construite sur chacune des rives du détroit, la métropole stambouliote assiste chaque année au passage de près 50 000 navires (source : usinenouvelle.com). Par ailleurs,  de nombreux ferries effectuent quotidiennement la traversée Anatolie-Europe afin de permettre à des centaines de milliers de turcs de rejoindre leur lieu de travail. Ce trafic massif en fait l’un des détroits les plus fréquentés au monde.

Cette situation n’est pas sans risque pour Istanbul et sa population. Plusieurs accidents majeurs ont déjà marqué l’histoire du détroit.

En mars 1994, un pétrolier chypriote grec a heurté un cargo laissant se répandre une cargaison de pétrole et provoquant la mort de 13 marins. Plus récemment, en janvier 2012, le navire Kayan I transportant des hydrocarbures, a dû être remorqué suite à la collision avec le M/V Adriablue causée par de forts vents.

La demande énergétique mondiale, se faisant de plus en plus pressante, ne laisse pas envisager une inversion de tendance concernant l’importance du trafic maritime sur le détroit du Bosphore.

Le risque de marée noire est bien réel et pourrait mettre en péril un écosystème déjà fragile. Les répercussions sur le cadre de vie des Stambouliotes seraient alors irréversibles.

Le Premier Ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, a présenté, en avril 2011, « un projet fou » consistant à creuser un canal parallèle au détroit permettant de désengorger le trafic maritime et de rendre l’usage du Bosphore aux 13,5 millions d’habitants de la métropole. En suspens depuis, une décision du Haut Conseil de Planification en faveur du canal a été rendu publique par le Vice-Premier Ministre Ali Babacan en avril 2013.

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Plusieurs tracés sont envisagés pour le « Canal d’Istanbul ». Il devrait mesurer entre 45 et 50 km de long, 25 m de profondeur et 150 mètres de large.

Son coût reste difficilement estimable, entre 20 et 40 milliards de dollars (source : le petitjournal.com). Bien que les chiffres annoncés soient titanesques, le Canal pourrait rapporter gros.

Depuis la Convention de Montreux signée en 1936, la libre circulation dans les détroits du Bosphore et des Dardanelles est garantie. Contrairement aux détroits, le « Canal d’Istanbul » sera exempt de cette règle et son utilisation sera soumise à des droits de péage générant d’abondantes recettes financières pour le gouvernement turc.

En annonçant un projet d’une telle ampleur, l’État a fait part de son ambition d’inscrire Istanbul durablement parmi l’élite métropolitaine mondiale. Ce Canal servira de point d’ancrage dans la conceptualisation du « Grand Istanbul » qui, s’inspirant des dynamiques urbaines du XXIe siècle liées au développement durable, doit à termes garantir un cadre de vie optimal à sa population.

Le construction du Canal engendrera la création de nouvelles zones aménageables où deux villes nouvelles, des aires industrielles et commerciales ont déjà été planifiées.

Ces futurs pôles urbains viendront supporter et dynamiser le développement économique de la mégalopole et ainsi contribuer à son rayonnement international.

Le « Canal d’Istanbul » n’est pas le seul chantier de taille que le gouvernement turc souhaite mettre en place. D’autres projets d’aménagement, en cours de réalisation et à l’étude, laissent envisager une métamorphose urbaine spectaculaire de la mégalopole stambouliote.

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