Politique de grands travaux pour une métropole mobile et équitable, Istanbul

Manque d’infrastructures de transport en commun, prédominance du choix de la voiture dans les trajets intra-urbains, la mobilité stambouliote est devenue une priorité dans les projets d’aménagement de la métropole.

En mai 2004, le projet “Marmaray”, transport en commun reliant les rives asiatique et européenne par le rail, avait été lancé par le Premier Ministre Recep Tayyip Erdogan.

Afin de concrétiser ce « chantier fou », des ingénieurs ont dû imaginer la construction d’un tunnel long de 13,6 km passant sous le détroit du Bosphore et résistant aux menaces sismiques que connait la métropole.

Lors des travaux, d’importantes et précieuses trouvailles archéologiques ont fortement ralenti le projet.

Le 29 octobre 2013, le même Premier Ministre Recep Tayyip Erdogan, a inauguré, pour le 90e anniversaire de la République turque, la mise en circulation du « Marmaray ».

Tout un programme de modernisation des gares et des voies ferrées a accompagné la construction du tunnel créant ainsi un réseau de 76,3 km.

À plein régime, il sera possible de transporter 75 000 passagers par heure dans les 2 sens et de rejoindre l’un ou l’autre des continents en 18 minutes.

Espérons que cette infrastructure de taille apportera aux deux millions de turcs (source : aujourdhuilaturquie.com), traversant chaque jour le Bosphore, une solution performante et sûre à leurs besoins de mobilité.

Réservé je le suis. En effet, comme j’ai pu le lire et le constater à de nombreuses reprises par le passé (référence à mon article sur la mégalopole de Los Angeles ), la mise en place d’une infrastructure de transport en commun n’est pas un gage de garantie au changement radical des usages de la population. D’autres facteurs comme la tarification ou le niveau de confort sont pris en considération.

Bien que non durable, le modèle de la voiture individuelle comme solution préférée à la mobilité intra-urbaine, reste un fait majeur en Turquie.

13,4 millions de véhicules occupent le sol turc (source : leconomiste.com) dont 26% uniquement pour la métropole stambouliote (source : espacetemps.net). Moteur de la croissance nationale et source d’emploi, l’industrie automobile est largement soutenue par l’État.

Des centres commerciaux entièrement dédiés à la voiture émergent un peu partout dans la mégalopole encourageant ainsi la consommation. Elle reste aux yeux du consommateur un symbole de réussite sociale.

Depuis 1988, deux ponts assurent la liaison entre les rives asiatique et européenne. Aujourd’hui, ils ne suffisent plus à absorber le trafic routier.

 Plan-Bosphore-3eme-pont1

Dans la continuité de la politique de grands travaux de l’État pour la métropole turque, le 29 avril 2010, le ministre turc des transports a annoncé la construction du troisième pont d’Istanbul s’établissant au nord du détroit à proximité de la Mer Noire. Long de 1275 mètres, il sera connecté à une nouvelle autoroute de 260 km censée désengorger le trafic.

Confiés à un consortium turco-italien, les travaux de construction du pont ainsi que ceux de l’autoroute ont commencé le 29 mai 2013. Ils ont été estimés à 6 milliards de dollars. L’ensemble devrait être livré d’ici 2016.

Encore une fois le scepticisme pèse sur ce projet.

Il a été montré que la construction de nouvelle infrastructure routière n’aidait pas forcément à fluidifier un trafic saturé mais pouvait au contraire accroître celui-ci, offrant aux usagers de nouvelles solutions routières.

Au nord d’Istanbul se trouvent d’importantes forêts et ressources en eau indispensables aux habitants de la métropole. Désormais accessibles, ces espaces risquent de subir une urbanisation massive (habitat, commerce, industrie) et être l’objet de spéculation foncière.

Alors que les métropoles internationales cherchent à limiter l’étalement urbain pour faciliter leur organisation, Istanbul ne semble pas suivre la même dynamique. Çare Olgun Çalışkan, du bureau stambouliote de la chambre des planificateurs urbains, souhaite la fin de l’expansion urbaine vers le nord, le recentrage de la ville selon un axe est-ouest et le développement des transports publics, maritimes et ferroviaires.

Ces deux projets d’infrastructures nous montrent la complexité à organiser nos territoires urbains.

Le projet marmaray, le troisième pont, sans oublier Le Canal d’Istanbul ou le troisième aéroport, sont avant tout des outils de l’aménagement du territoire servant à doter la mégalopole d’infrastructures performantes afin de la rendre attractive. Ils témoignent cependant de l’incroyable volonté de l’État turc de faire d’Istanbul une ville monde.

À vous